Biologie Marine · Reproduction · Élasmobranches
Accouplement du Requin Lutin
Mitsukurina owstoni — comportement reproducteur
L’accouplement du requin lutin est l’un des phénomènes les moins
documentés de toute la biologie marine. Ce guide scientifique complet explore
l’anatomie sexuelle, le comportement reproducteur et la fécondation de
Mitsukurina owstoni, l’unique représentant vivant des Mitsukurinidae.
Illustration scientifique montrant la femelle (haut, 4 à 6 m) et le mâle (bas, 3 à 4 m)
du requin lutin Mitsukurina owstoni. Le schéma détaille les organes liés à l’accouplement :
ptérygopodes du mâle (organes copulateurs), rostre électrosensoriel, nageoires pectorales,
et dimorphisme sexuel. Une flèche indique le sens de l’accouplement. Aucun accouplement
n’a jamais été observé directement dans la nature.
Femelle — Mitsukurina owstoni
≈ 4–6 m · plus grande que le mâle · absence de ptérygopodes
Mâle
≈ 3–4 m · ptérygopodes visibles sur les nageoires pelviennes
Rostre
(électrosensoriel)
Nageoire pectorale
Ptérygopodes
(organes copulateurs ♂)
Fécondation interne
via ptérygopodes
Nageoire caudale
Dimorphisme sexuel
♀ > ♂
Accouplement
Schéma anatomique — accouplement du requin lutin (Mitsukurina owstoni)
Représentation scientifique · à visée éducative · aucun accouplement n’a été observé in situ
Figure 1. Schéma anatomique de l’accouplement du requin lutin
(Mitsukurina owstoni). La femelle (en haut) est nettement plus grande que le mâle
(en bas). Les ptérygopodes du mâle, organes copulateurs caractéristiques de
tous les élasmobranches, sont représentés en orange. La flèche indique le processus
d’accouplement. Illustration scientifique à visée éducative —
aucun accouplement de requin lutin n’a jamais été observé directement dans la nature.
Anatomie sexuelle du requin lutin
Pour comprendre l’accouplement du requin lutin, il faut d’abord
connaître son anatomie sexuelle. Comme tous les élasmobranches (requins et raies),
Mitsukurina owstoni possède une fécondation strictement interne,
rendue possible par des organes copulateurs propres aux mâles : les ptérygopodes.
Les ptérygopodes : organes copulateurs du mâle
Les ptérygopodes (du grec pteryx, aile, et podos, pied)
sont des extensions cartilagineuses et calcifiées des nageoires pelviennes, présentes
uniquement chez les mâles élasmobranches. Chez le requin lutin, chaque ptérygopode
est doté d’un sillon central permettant d’acheminer le sperme vers le cloaque de
la femelle lors de l’accouplement. Un seul ptérygopode est utilisé par copulation,
le mâle s’enroulant d’un côté pour l’insérer.
Anatomie reproductrice de la femelle
La femelle du requin lutin possède deux utérus fonctionnels,
caractéristique commune aux Lamniformes. Après l’accouplement et la fécondation,
les embryons s’y développent en étant nourris par les œufs non fécondés produits
en continu par la mère — un phénomène appelé oophagie utérine.
L’ovulation est continue pendant toute la gestation.
interne sans connexion placentaire. Les embryons sont nourris par les œufs de la mère
(oophagie), non par un cordon ombilical. Ce système est commun à tous les Lamniformes.
PtérygopodesExtensions cartilagineuses des nageoires pelviennes du mâle. Organes copulateurs
permettant la fécondation interne lors de l’accouplement.
Deux utérusLa femelle possède deux utérus fonctionnels où se développent les embryons
après l’accouplement et la fécondation.
Oophagie utérineLes embryons se nourrissent des œufs non fécondés produits par la mère.
Stratégie nutritive commune aux Lamniformes.
Dimorphisme sexuel mâle / femelle
Le dimorphisme sexuel du requin lutin est marqué : les femelles
sont sensiblement plus grandes et plus lourdes que les mâles, un trait évolutif
courant chez les grands requins. Cette différence de taille a probablement une
importance directe dans le comportement d’accouplement du requin lutin.
FemelleJusqu’à 6 mètres de long. Corps plus massif. Absence de
ptérygopodes. Deux utérus fonctionnels. Plus grande que le mâle.
MâleGénéralement 3 à 4 mètres. Corps plus élancé. Ptérygopodes
visibles au niveau des nageoires pelviennes. Testicules internes.
IdentificationLa présence ou l’absence de ptérygopodes est le seul critère
externe fiable pour distinguer mâle et femelle sur un spécimen capturé.
Chez de nombreuses espèces de requins, la femelle plus grande peut infliger
des blessures significatives au mâle lors de l’accouplement si elle n’est pas
réceptive. La différence de taille suggère que l’accouplement du requin
lutin pourrait impliquer des rituels de cour permettant au mâle de
signaler sa présence sans risquer une agression de la femelle.
Processus d’accouplement du requin lutin
Aucun accouplement de requin lutin n’a jamais été observé directement,
ni dans la nature ni en captivité. L’espèce vit à des profondeurs inaccessibles —
entre 270 et 1 300 mètres — dans une obscurité totale et sous des pressions de
30 à 130 atmosphères, rendant toute observation directe quasi impossible avec les
technologies actuelles.
Mécanisme d’accouplement supposé
Sur la base des comportements documentés chez les Lamniformes apparentés (grand requin
blanc, requin mako, requin-taupe), l’accouplement du requin lutin
impliquerait les étapes suivantes :
- Approche et cour : Le mâle localise la femelle réceptive,
probablement grâce à son rostre électrosensoriel hyperdéveloppé, capable de
détecter les champs électriques dans l’obscurité totale des abysses. - Morsure d’immobilisation : Comme chez la quasi-totalité des requins,
le mâle mord la nageoire pectorale ou le flanc de la femelle pour la maintenir
en position durant l’accouplement. Les femelles de nombreuses espèces de requins
présentent des cicatrices caractéristiques de ces morsures. - Insertion du ptérygopode : Le mâle courbe son corps et insère
un ptérygopode dans le cloaque de la femelle pour introduire le sperme directement
dans l’appareil reproducteur. - Copulation : La durée est inconnue pour le requin lutin.
Chez les espèces apparentées, elle varie de quelques minutes à plusieurs heures.
couvert de milliers d’ampoules de Lorenzini capables de détecter des champs
électriques inférieurs à 1 nanovolt/cm², joue probablement un rôle crucial dans
la localisation d’un partenaire dans l’obscurité totale des grandes profondeurs —
bien au-delà de sa simple fonction de chasse.
Stockage du sperme (spermathèque)
Documenté chez plusieurs espèces de requins, le mécanisme de spermathèque
permet à la femelle de stocker les spermatozoïdes reçus lors de l’accouplement pendant
plusieurs mois avant de féconder ses ovules. Si ce mécanisme existe chez le requin lutin,
cela signifierait que l’accouplement et la fécondation effective peuvent être décalés
dans le temps, permettant à la femelle de contrôler le moment de la reproduction.
Fécondation interne et développement
Suite à l’accouplement du requin lutin, la fécondation
est entièrement interne. Les spermatozoïdes remontent l’appareil
reproducteur femelle pour féconder les ovules dans les oviductes. Les œufs fécondés
migrent ensuite vers les deux utérus où commencera le développement embryonnaire.
Du zigote à la naissance
Le développement embryonnaire du requin lutin suit le schéma ovovivipare avec oophagie :
FécondationAprès l’accouplement, les spermatozoïdes fécondent les ovules dans les
oviductes. Possible stockage du sperme (spermathèque) avant fécondation.
Développement utérinLes embryons se développent dans les deux utérus maternels sans connexion
placentaire. Durée estimée : 12 à 24 mois.
OophagieLes embryons consomment les œufs non fécondés produits par la mère pour
assurer leur croissance. Les plus développés mangent les autres embryons.
Naissance2 à 10 petits autonomes naissent directement, déjà équipés du rostre et
des mâchoires de l’adulte. Aucun soin parental.
Comportement reproducteur supposé
En l’absence totale d’observations directes, les scientifiques formulent plusieurs
hypothèses sur le comportement reproducteur du requin lutin dans
les grandes profondeurs :
- Ségrégation sexuelle : Comme chez de nombreux requins, mâles et
femelles pourraient occuper des zones bathymétriques différentes hors saison
de reproduction, se rejoignant uniquement pour s’accoupler. - Détection chimiosensorielle : Les femelles réceptives émettent
probablement des phéromones détectables par les mâles sur de longues distances,
même dans l’obscurité totale des abysses. - Rôle du rostre dans la cour : Le rostre électrosensoriel
extraordinairement développé du requin lutin pourrait permettre aux individus
de se localiser mutuellement à grande distance pour l’accouplement. - Saisonnalité supposée : La reproduction pourrait être synchronisée
avec des cycles saisonniers affectant les proies dans les grandes profondeurs,
optimisant les ressources disponibles pour la gestation. - Faible fréquence : Compte tenu de la gestation supposée longue
(12–24 mois) et de la maturité sexuelle tardive (estimée entre 15 et 35 ans),
l’accouplement du requin lutin est probablement un événement peu fréquent —
peut-être tous les 2 à 3 ans pour une même femelle.
Comparaison avec les autres Lamniformes
Pour mieux comprendre l’accouplement du requin lutin, il est utile
de le replacer dans le contexte de son ordre, les Lamniformes, dont tous les membres
partagent la même stratégie reproductive de base.
Grand requin blancAccouplement documenté par cicatrices de morsures. Ovovivipare + oophagie.
Gestation ~11 mois. 2–10 petits. Maturité vers 15 ans.
Requin makoAccouplement observé en milieu naturel. Ovovivipare + oophagie.
Gestation 15–18 mois. 4–18 petits. Maturité vers 18 ans.
Requin-taupe communOvovivipare + oophagie. Gestation 8–9 mois. 1–5 petits.
Maturité vers 13 ans. Accouplement peu documenté.
Requin lutinOvovivipare probable + oophagie probable. Gestation inconnue.
2–10 petits estimés. Maturité inconnue. Aucun accouplement observé.
vraisemblablement le même schéma que les autres Lamniformes, mais dans des
conditions environnementales extrêmes (pression, obscurité, froid) qui ont
probablement façonné des adaptations comportementales encore totalement inconnues.
Questions fréquentes sur l’accouplement du requin lutin
Comment s’accouple le requin lutin ?
Comme tous les élasmobranches, le mâle utilise ses ptérygopodes
(extensions des nageoires pelviennes) pour introduire le sperme directement dans
le cloaque de la femelle lors d’une fécondation interne. Le mâle mord probablement
la nageoire pectorale de la femelle pour la maintenir en position durant la copulation.
Le requin lutin pond-il des œufs ?
l’accouplement, les œufs sont fécondés en interne et les embryons se développent
dans l’utérus maternel. Les petits naissent directement sous forme de jeunes
requins autonomes, sans stade larvaire et sans ponte dans le milieu extérieur.
Comment reconnaître un requin lutin mâle d’une femelle ?
visibles au niveau des nageoires pelviennes — est le seul critère externe fiable.
Les femelles, nettement plus grandes (jusqu’à 6 m contre 3–4 m pour les mâles),
n’en possèdent pas.
Combien de petits le requin lutin a-t-il après l’accouplement ?
de 2 à 10 petits, sur la base des comparaisons avec les Lamniformes
apparentés. Aucune femelle gravide n’ayant jamais été étudiée en détail, ce chiffre
reste une estimation.
A-t-on déjà filmé l’accouplement du requin lutin ?
ni dans la nature ni en captivité. L’espèce vit à des profondeurs (270–1 300 m)
rendant toute observation directe quasi impossible avec les technologies actuelles.
C’est l’un des comportements les moins documentés de toute la biologie marine.
À quelle fréquence le requin lutin s’accouple-t-il ?
tenu de la gestation supposée de 12 à 24 mois et de la maturité sexuelle estimée
entre 15 et 35 ans, les femelles ne se reproduisent probablement que tous les
2 à 3 ans au minimum — faisant de chaque accouplement un événement
rare et critique pour la survie de l’espèce.
Références scientifiques
- Compagno, L.J.V. (2002). Sharks of the World. FAO Species Catalogue for Fishery Purposes, Rome.
- Carrier, J.C., Musick, J.A. & Heithaus, M.R. (2012). Biology of Sharks and Their Relatives, 2e éd. CRC Press.
- Pratt, H.L. & Carrier, J.C. (2001). A review of elasmobranch reproductive behavior with a case study on the nurse shark. Environmental Biology of Fishes, 60, 157–188.
- Nakaya, K. et al. (2016). Slingshot feeding of the goblin shark Mitsukurina owstoni. Scientific Reports, 6, 27786.
- Ebert, D.A., Fowler, S.L. & Compagno, L.J.V. (2013). Sharks of the World: A Fully Illustrated Guide. Wild Nature Press, Plymouth.
- Stevens, J.D. (2008). Mitsukurina owstoni. IUCN Red List of Threatened Species. e.T44565A10907385.


L’explication est vachement clair et intéressante.